
On dit parfois: “les paroles s’envolent, les écrits restent”. Je ne crois pas que ce soit ainsi.
Catherine Dolto-Tolitch disait, en juin 1995, dans la revue “rééducation orthophonique” : “on a longtemps dit, et on dit encore parfois que le foetus n’entendait pas les sons extérieurs et que la voix du père ne passait pas. L’expérience quotidienne montre que c’est tout à fait faux. L’enfant entend avec sa peau dès le début de sa vie intra-utérine, bien avant de disposer d’un appareil auditif fonctionnel-au dernier trimestre de la grossesse. Les anciens accoucheurs en avaient l’intuition qui disaient que la peau du foetus est une grande oreille.”
Sa mère, Françoise Dolto, disait que le bébé enregistrait tout ce qui lui était dit depuis sa naissance, comme sur une bande magnétique.
Erri De Luca éclaire de ses réflexions quelques passages de la Bible, dans des registres universels, spirituels et linguistiques. ll se dit non-croyant.
ll écrit: “ une paire d’oreilles tu as creusé en moi, dit David à Yod dans le psaume(40,7). Creusée comme le verbe de celui qui perce le sol pour y aménager un puits. En terre d’aridité, le puits est une richesse. Des oreilles comme des seaux, des questions et réponses, vides et pleines. Des oreilles pour contenir, retenir.
ll était ainsi autrefois l’organe de l’ouïe, preneur de mots, avide d’écoute. En lui, la voix se gravait et restait intacte. Un prophète pouvait répéter une rafale de propos qui lui avait été confiés. Jamais Yod ne demande à l’un d’entre eux de prendre des notes, de sténographier. Et de toutes les objections faites à Yod par les prophètes, de Moïse bégayant à Jonas/Ionà le rebelle, aucune ne prévoit: si j’oublie quelque chose?
Ce n’était pas possible. À cette époque, les oreilles étaient les organes de la plus haute fidèlité. Même Jésus se confie à ce seul enregistrement, la membrane acoustique de ses contemporains, prodigieuse par sa capacité de mémoire. Et alors, bénies soient les oreilles, symbole d’un reste arraché à l’anéantissement.”
Deux textes sur les origines, l'apparition du symbolique, le lieu protégé du ventre maternel ou le désert et la terre des bergers sur laquelle on n'entend que le vent et la voix... L’écriture est une invention récente dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, nous sommes submergés de bruits, de sons en tous genres. Souvent, ils sont appauvris par les compressions dans les fichiers électroniques. Les constructeurs de baladeurs MP3 sont amenés, par des réglementations, à limiter le volume sonore de leurs appareils pour éviter d’endommager les oreilles des adolescents.
Comment retrouver une culture animale de l’ouïe, de la confiance absolue en la parole entendue? Dans le silence, quand on marche côte à côte? En parlant doucement à l’oreille de l’amant en lui touchant la peau? En racontant une histoire à son enfant blotti dans ses bras? En écoutant le bruit du vent dans les feuilles des arbres?
1 commentaire:
Bonjour,
Je tombe sur ton blog par hasard au fil de mes recherches, tu es l'homonyme d'un ami de la famille ; ou peut-être es-tu lui-même ?
Etais-tu pensionnaire au collège St François Xavier de Vannes dans les années 60 ?
Si non, pardonne ma méprise, et je suis néanmoins contente d'avoir pu prendre quelques instants pour parcourir ton blog, tant dans la splendeur des clichés que dans le choix des écrits.
Bonne et belle journée !
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