vendredi 20 juillet 2007

thank you and thank you again...


...for this touch of zen. l just want to live again this real perfect authentic moment of relation. Plenitude and sincerity with simplicity, so rare. Thanks a lot again to my own true friend the tree to keep this instant unchanged inside me for ever.

jeudi 19 juillet 2007

Merci à Carolyn et au photographe inconnu


Carolyn Carlson et Anselm Kiefer
Carolyn Carlson a investi les sculptures de béton échouées au Grand Palais. Leur donnant un peu de sa chair.

Carolyn Carlson, chorégraphe américaine, ne connaît pas Anselm Kiefer, peintre allemand. A peine ont-ils échangé quelques mots lors du vernissage de l’exposition « Chute d’étoiles », du peintre, au Grand Palais. Les deux artistes ont en commun de passer une grande partie de leur temps en France. Ils ont à peu près le même âge. Pour le reste – qui représente ici l’essentiel –, leurs préoccupations esthétiques sont très éloignées les unes des autres. De l’œuvre de Kiefer, on pourrait dire ce que l’on pourrait dire également de celle de Pina Bausch, autre Allemande, qu’elle est occupée par une gigantesque tâche : reconstruire, au sortir d’une catastrophe fondamentale pour l’identité européenne, encore et encore, bout après bout, pas à pas, les corps et les représentations. On devine bien en quoi il est ici question de redonner au monde figure humaine, habitable et hospitalière. De l’œuvre de Carlson, on voudrait retenir le sens de la gratuité, du geste placé dans l’espace et le temps, sans frayeur – ou si rarement –, de l’acte juste adossé aux éléments, des bras qui improvisent comme s’ils n’avaient aucun doute quant à leur histoire de bras ni quant à leur appartenance à un corps debout. Ici, figurer, montrer, reconstruire n’est pas au cœur du propos. Voilà deux mondes qui pourraient ne pas se rejoindre, ne rien se dire...

Seulement lorsqu’elle apparaît, Carolyn Carlson, fine et saccadée, au centre de l’exposition d’Anselm Kiefer, qu’elle semble longer un champ de ruines, composé de béton, de cailloux, de poussière, de fer, de tôles, d’amas de livres brûlés et plombés, alors on voit – on l’expérimente même – que l’art, fût-il celui du grand Kiefer, n’est jamais tout à fait achevé, qu’il est toujours manquant, en quelque sorte insuffisant. Qu’il a besoin des autres, de l’autre pour déployer ce qu’il ne sait pas de lui-même. Carlson a-t-elle magnifié Kiefer ? Peut-être a-t-elle seulement donné à la monumentalité de son œuvre un peu du grain de la peau. C’est beaucoup. La performance de Carolyn Carlson et des danseurs du CCN de Roubaix qu’elle dirige a eu lieu, devant des milliers de personnes, le samedi 7 juillet dernier. L’exposition d’Anselm Kiefer fermait le lendemain.

Daniel Conrod
Télérama n° 3001 - 21 Juillet 2007 (pourquoi Télérama ne mentionne-t-il pas le nom du photographe qui a pris cette photo tellement émouvante?)

de l'arbre





" Les plantes sont, comme le disent les chamans, le « premier ami » de l’être humain. Nourrissant les animaux que nous mangeons et renouvelant l’oxygène avec lequel nos intestins les digèrent, elles constituent la base la plus indispensable de la vie. Voilà pourquoi ce roi des végétaux qu’est l’arbre a, de tout temps et dans toutes les cultures, été considéré comme la représentation terrestre d’une entité cosmique, l’Arbre de Vie, qui était, pour nos ancêtres, le pivot du monde et l’origine de tous les êtres. Que celui-ci adopte la forme du chêne celtique, du tilleul germanique, du frêne scandinave, de l’olivier méditerranéen ou du bouleau sibérien, l’arbre a, de tout temps et sur tous les continents, été considéré comme le représentant terrestre de cet arbre mythique d’où surgit la vie, sa phylogenèse et son évolution. C’est cette dimension de l’arbre que je vais vous présenter, et ceci de deux façon : d’une part, en considérant la place qu’il a dans le texte biblique. De l’autre, en vous parlant de celle qu’on lui attribue dans le chamanisme contemporain. En ce qui me concerne, je suis un clinicien de l’âme, un psychanalyste, c’est-à-dire un individu occupant une fonction sociale qui était, pour nos ancêtres, celle des exorcistes, des directeurs de conscience et des confesseurs, et auparavant, dans des temps plus anciens, celles de mages, des devins et des chamans. Après avoir été formé à la psychanalyse freudienne et avoir travaillé une dizaine d’années dans un hôpital psychiatrique pour enfants, j’ai entrepris des études d’acupuncture. Non pas pour la pratiquer, mais pour comprendre ce que les chinois appellent le Qi : le « souffle » ou « l’énergie », c’est-à-dire le « fluide de vie » sur lequel agissent les aiguilles et qui, bien que n’ayant aucun équivalent dans la médecine occidentale, est néanmoins ce qui différencie un paquet de viande d’un être humain et un arbre d’un morceau de bois. C’est ainsi que j’ai découvert la fabuleuse richesse écologique du taoïsme. Le taoïsme se différencie des autres grandes religions, car la seule chose qu’on y vénère est la nature sous toutes ses formes, c’est-à-dire autant celle, extérieure, terrestre et cosmique qui nous entoure, que celle, intérieure, faisant que chaque être humain est doté d’une nature qui lui est propre. Le taoïsme est, tout à la fois, une philosophie, un mode de vie et une voie spirituelle constituée d’un ensemble de pratiques méditatives, alchimiques et chamaniques, dans lesquelles le seul objet de vénération est le Tao, c’est-à-dire le « chemin » ou la route constituée de minéraux, de végétaux, d’animaux et d’intelligente humaine, dans laquelle s’effectue cette aventure qu’est une vie terrestre. Or, comme le chamanisme urbain contemporain est, parmi toutes les voies de développement mental apparues au cours des trente dernières années, l’une des plus proches de ce qu’était le taoïsme dans la Chine Impériale, je m’y suis engagé. Ce qui fait, qu’en plus de mon travail d’écouteur public, j’anime, depuis quelques années, avec Ivana Caprioli, un groupe d’initiation au chamanisme constitué d’amis et de clients qui y trouvent un complément spirituel à leur travail personnel. Ce « néo-chamanisme » est apparu aux Etats-Unis, il y a un peu plus d’une trentaine d’années, au sein du mouvement de renaissance des chamanismes indiens d’Amérique du Nord qui a suivi l’abolition des lois leur interdisant de pratiquer la religion de leurs ancêtres. Le savoir auquel il se réfère est aussi bien celui des medecin men (les hommes médecine d'Amérique du Nord), celui des curanderos (les hommes curés -—au sens de curatus : qui a la charge d’âmes— d'Amérique du Sud), que celui des chamans du nord de l'Europe, d’Afrique et d’Asie. Il se différencie toutefois du chamanisme traditionnel dans la mesure où il se pratique en groupe, au cours de week-end ou de stages plus longs dans lesquels, à travers une succession d’exercices et de rituels, on utilise le savoir des chamans à des fins de développement personnel. En réalité, il existe autant de chamanismes que d’ethnie, de chamans ou d’individus. Toutefois la structure cosmologie à laquelle tous se réfèrent est grosso modo partout la même, à condition de la considérer dans sa forme schématique. Ce schéma cosmologique commun est constitué des Quatre orients et des Trois mondes, reliés, en leur centre, par le pivot central qu’y constitue l’Arbre de Vie. Les Quatre orients sont les piliers de la structure terrestre d’où naissent l’espace et le temps. Ce sont aussi, pour cette raison, les « portes » de l’Autre Réalité qui est le monde de l’esprit et des esprits, auprès desquels les chamans glanent les informations qu’ils recherchent dans leurs transes ou leurs voyages. Les Trois Mondes sont : le Monde du Haut qui est celui des ancêtres, des guides et autres divinités tutélaires, dont l’ange gardien de la chrétienté est la forme la plus récente. Le Monde du Bas où résident les divinités animales, végétales et minérales qui, semblables au Serpent du jardin d’Eden, informent les hommes des fonctionnements de la vie terrestre. Et le Monde du Milieu qui est le nôtre. Les mythologies qui accompagnent cette cosmologie peuvent être aussi différentes d’une tribu à l’autre qu’entre les pays. On en retrouve néanmoins la structure, non seulement dans la plupart des cultures chamaniques, mais également dans les grandes religions qui l’ont, d’une façon ou d’une autre, intégré à leurs présupposés de base, en assimilant par exemple le Monde du Bas à l’Enfer et celui du Haut au Paradis. Datant de l’âge des cavernes, le chamanisme constitue une base spirituelle qui est celle sur laquelle se sont construites toutes les autres religions. Et, bien que les nôtres aient eu tendance à rejeter cette base ancestrale, le texte auquel elles se réfèrent, la Bible, continue, lui, à en mémoriser la trace. Les racines chamaniques du texte biblique apparaissent, par exemple, dans le fait que les Patriarches sont pourvus de dons et de pouvoirs semblables à ceux des devins, des mages et des chamans. On les retrouve également dans le Serpent du jardin d’Eden qui a toutes les caractéristiques de ces divinités du Monde du Bas que les chamans appellent les Animaux de Pouvoir, mais aussi dans le fleuve qui sort du jardin et dont les quatre « bras » symbolisent les Quatre orients chamaniques, ainsi que dans les deux arbres qui poussent en son centre : l’Arbre de Vie, et l’Arbre de la Connaissance. A ce niveau, la particularité du texte biblique est d’avoir dédoublé l’Arbre de Vie en deux figures distinctes : l’une, céleste, où gardant le nom qu’il a dans les autres religions, il devient la propriété de Dieu, à laquelle l’homme n’aura plus accès après avoir été chassé du jardin d’Eden.
L’autre, terrestre où, associé à la sexualité, à l’arbre généalogique et au savoir qui se transmet dans la succession des générations, il devient l’Arbre de la Connaissance. L’Arbre de Vie est ainsi, dans la Bible, la source du souffle et de l’esprit que Dieu a légué à Adam. Alors que l’Arbre de la Connaissance représente la façon dont le peuple élu, les hébreux et ses dirigeants, les Patriarches, transmettent ce souffle dans la succession des générations. Voilà pourquoi le chamanisme de l’Arbre y est pratiqué pas le fondateur d’Israël : Jacob. Fuyant la colère son frère, Esaü qu’il a cherché à déposséder de ses droits d’aînesses sur les conseils de Rebecca, sa mère, Jacob s’exile loin de chez lui. Il rêve alors d’une échelle sur laquelle les anges, ou les informations qu’ils véhiculent, montent et descendent. Ce rêve qui a déjà fait couler beaucoup d’encre est, en fait, une représentation du pivot central reliant les Trois Mondes qu’est l’Arbre de Vie. L’échelle s’associe, en effet, à l’arbre, dans la mesure où elle est constituée de bois. Elle évoque ainsi l’Arbre de la Connaissance à qui les hommes doivent de savoir faire des échelles. Mais comme les informations y montent et y descendent, elle représente aussi l’Arbre de Vie sur lequel descend le Souffle de Dieu qui ensemence la terre, en faisant que les êtres qui en surgissent cherchent à retrouver le Ciel, en s’élevant vers lui, comme le font les arbres. Tel est la vision par laquelle Jacob rencontre Dieu. Promettant de se consacrer à lui si celui-ci lui donne de quoi se nourrir et revenir vivant chez lui, Jacob reprenant sa route et rencontre sa cousine Rachel, la fille de son oncle Laban, dont il tombe amoureux. Afin d’obtenir sa main, il travaille sept ans pour Laban. Mais, ce temps expiré, Laban lui donne Léa, en prétextant qu’il ne peut marier la cadette avant l’aînée. Jacob travaille sept ans de plus pour obtenir Rachel, et l’ayant enfin épousé, il veut rentrer chez lui. Laban lui propose alors de travailler sept ans de plus, pour se constituer son propre troupeau. Il lui offre de garder pour lui les bêtes rayées et mouchetées. Mais, essayant une fois de plus de le rouler, il s’empresse de soustraire des troupeaux qu’il lui confie tous les spécimens de la sorte. Jacob rêve alors, à nouveau, des anges qu’il a vus sur l’échelle de son premier rêve. Ceux-ci lui indiquent comment se soustraire à la possessivité maladive de son oncle. Et, à son réveil, Jacob évide l’écorce de baguettes d’arbres afin d’y former des rayures. Il les plante devant les abreuvoirs où se désaltèrent les troupeaux. Et ceux-ci se repeuplent de bêtes rayées et mouchetées. Jacob effectue ainsi un rituel qui, dans sa forme et ses objectifs, est tout à fait chamanique. Le chamanisme se différencie, en effet, des autres voies spirituelles par la dimension très concrète de sa visée, qui est principalement axée sur la recherche d'informations permettant d'améliorer la vie et, en premier, la sienne. Tel est précisément ce que fait Jacob. Quittant son pays et rencontrant en rêve le dieu de ses ancêtres, il commence par lui demander de l’aider à se nourrir pour pouvoir rentrer vivant chez lui. Dieu y répond, dans un autre rêve. Il ne le fait toutefois que vingt ans plus tard, car ces vingt ans d’exil représentent le travail que Jacob doit effectuer sur lui-même, afin d’être à la hauteur de la tâche à laquelle il est destiné. Or, dans la mesure où ce travail est centré sur la séparation de ce premier dieu-créateur qu’à été la mère, il est assez semblable à celui qui s’effectue dans une psychanalyse. Le problème qui a contraint Jacob à fuir sa terre natale a pour origine le fait qu’il n’a pas su résister au désir de Rebecca, sa mère. C’est pour satisfaire son désir à elle, et non siens, qu’il a cherché à déposséder son frère de ses droits d’aînesse. Or que fait-il après sa première rencontre de Dieu ? Il entreprend d’assumer sa sexualité. Ce qui est la première façon de concrétiser qu’on s’est bien séparés de sa mère. Mais, s’il n’arrive pas à le faire d’une façon qui le satisfasse, c’est parce qu’il reproduit, avec Laban, une relation semblable à celle qu’il a nouée avec sa mère.
Travaillant pour obtenir la main de celle qu’il aime, il se retrouve prisonnier d’un individu aussi magouilleur et pervers que l’a été Rebecca avec lui et son frère. En d’autres termes, Jacob a établi sur Laban un « transfert maternel » : l’ayant investi comme une « bonne mère », il s’est laissé enfermer dans ses jupes. Et, comme c’est souvent le cas dans les psychanalyses, il lui faut une vingtaine d’années pour en prendre conscience. C’est aussi, comme dans la psychanalyse, après qu’un rêve ait éclairé la situation où il s’est enfermé, qu’il met un terme à ses relations avec Laban. Et, se séparant, à travers lui, de ce premier dieu qu’à été la mère, le voilà en mesure de se consacrer à celui de ses ancêtres. Après ce saut de quatre mille ans en arrière, revenons à notre époque, avec le témoignage d’un de ces « nouveaux Jacob » du chamanisme contemporain qui continuent, dans les bois et les forêts, à pratiquer le chamanisme de l’Arbre. Il s’agit d’une lettre de remerciements écrite par un industriel originaire d’un pays d’Europe de l’Est dont les parents, menacés et ruinés par l’arrivé au pouvoir du communisme, avaient émigré en France. Après quelques années d’analyse avec moi, cet homme décida de retourner dans son pays d’origine pour y monter des affaires. Or quelques mois plus tard, après avoir retrouvé la tombe de son grand-père paternel qu’il n’avait pas connu, le voilà qu’il m’appèle en catastrophe. J’écoutais ce qu’il avait à me dire. Et, connaissant bien son histoire et celle de sa famille, je lui fis remarquer que les ennuis dans lesquels il s’était fourré m’évoquait un certain nombre de choses qu’il m’avait raconté à propos de ce grand-père. Je lui conseillais donc d’essayer d’en savoir plus sur cet homme, en questionnant ceux qui l’avaient connu. Quinze jours plus tard, il me rappela pour confirmer mon diagnostic : les problèmes dans lesquels il s’était mis reproduisaient en tous points une histoire qui avait été celle de son grandpère. Je lui conseillai donc de commencer par aller se promener en forêt, pour y trouver un arbre qui l’aide à se défaire de cet encombrement généalogique, et ensuite, de se rendre sur la tombe de son grand-père pour prendre contact avec lui et dissocier son histoire de la sienne. Deux mois plus tard, je recevais cette lettre où il me racontait sa rencontre avec un bouleau . Le travail chamanique que je lui avais conseillé de faire est relativement simple. Il consiste à prendre contact avec un arbre en établissant avec lui un rapport semblable à celui que l’on a avec un ami, à l’enlacer tendrement afin de fondre sa propre énergie à la sienne, et à envoyer dans ses racines tout ce qui dans notre héritage ancestral nous encombre, en lui demandant de le recycler, afin de nous renvoyer une énergie purifiée de ses fantômes ancestraux. Du point de vue chamanique, notre horizontalité nous vient des animaux et notre verticalité, des arbres. Or comme, dans les structures de l’esprit, la verticalité est, tout d’abord, ce qui nous lie à nos ascendants et descendants, cet exercice est souvent très riche chez ceux qui, ayant fait du travail transgénérationel, sont conscients des encombrements ancestraux dont ils sont héritiers. « Comme vous me l’aviez conseillé, écrit cet homme, je cherchais un arbre avec lequel établir une relation intime. Je me sentais intimidé et ému, comme un jeune homme se rendant à son premier rendez-vous amoureux. J’hésitais entre deux chemins, lorsque je fus attiré par un bouleau qui semblait me faire signe. Il poussait au bord d’un petit précipice et ses feuilles scintillaient au soleil. Étant alors à deux doigts de la faillite, je me suis dit : ”Il est comme moi, planté au bord d’un précipice, mais lui, cela ne l’empêche pas de scintiller au soleil. Il existe et n’a pas peur d’exister.” C’est la première chose qui m’a frappé. L’arbre existe et n’en a pas peur. Il n’est pas, comme nous, parasité par le besoin d’être reconnu, la peur du manque et la crainte de la mort. Cherchant à m’identifier à lui et fermant les yeux, je l’ai pris dans mes bras. J’ai senti mon cœur se fondre au sien et mon énergie est devenu la sienne. Elle descendait au plus profond
des racines et remontait au sommet des branches. Je lui ai demandé de prendre tout ce qui, dans cette sombre histoire, m’avait fait peur et angoissé, en me privant de mes moyens. C’était une sensation d’ouverture et de légèreté, comme si une porte retenant un tombereau de feuilles mortes s’était soudainement ouverte au fond de moi. Puis, j’ai senti, le long de ma colonne vertébrale, l’énergie qui remontait en scintillant comme le font les feuilles de l’arbre. Elle remontait jusqu’aux épaules et mes bras devenaient des ailes scintillant d’énergie. Je me voyais planant au sommet de l’arbre et, tout au fond des racines, je voyais mon grand-père qui me souriait sans rien dire, comme s’il me disait : ”A demain, mon garçon. Je t’attends ! ».


Didier DUMAS ( novembre 2002 )

lundi 16 juillet 2007

déliement d'Isaac


"C'est ainsi: après avoir lié Isaac il manque le déliement. Isaac n'aide pas Abraham dans le sacrifice de substitution. Isaac restera lié pour toujours, parce que son père ne le déliera pas, ne défera pas les noeuds qui ont serré ses chevilles et ses poignets. ( ll n'est dit nulle part dans le texte qu'il détache ce fils qui lui obéit, lui qui obéit...) (...) Quand nous disons: sacrifice d'Isaac, nous oublions que ce fils descendit de la hauteur sur ses deux jambes avec une bonne provision de futur. ll est plus juste de dire, comme en hébreu: liement d'Isaac. Et le déliement? (...) C'est une action qui arrive dans les espaces blancs de l'écriture sainte, qui sont plus vastes que les espaces noirs des lettres. Les espaces blancs voyagent au-dessus, au-dessous et à l'intérieur de l'écriture sainte, le déliement non écrit d'Isaac est leur oeuvre. L'action des espaces blancs est le non-dit qui régit la vie de chacun de nous."
Erri De Luca ( texte inédit-2005)