
C"est un homme. Oui, il dit:" je suis un homme"... ll marche calmement. ll voit un arbre au milieu d'un champ. Un bel arbre. Seul. Comme l'homme aussi se sent seul, il marche vers l'arbre. L'herbe est épaisse tout autour. L'homme délace ses chaussures. ll enlève la droite, puis la gauche sans quitter l'arbre des yeux. ll trouve la terre fraîche et douce. ll ferme les yeux. ll écoute. Le bruit du vent qui glisse entre les branches de l'arbre est unique. Ensuite seulement l'homme sent la caresse du vent, d'abord dans ses cheveux, puis sur sa peau, puis les brins d'herbe lui chatouillent un peu le dessus des pieds. ll inspire profondément. Un peu de vent entre par ses narines. ll creuse le ventre et dit fort le mot "SAN". Son souffle est porté par la brise chaude de la fin de journée. "S" glisse sur sa langue, se faufile entre ses dents, il prépare le mot. "A" est chaud et profond, il vient du fond de la gorge qui doit être libre, il donne le volume au mot. "N" voudrait retenir un peu du mot par le nez, il fait vibrer le mot et laisse une trace dans le corps. Les vibrations bousculent les particules du vent. Elles le nourrissent, l'enrichissent, le gonflent encore un peu. C'est un vent qui balaie son pays. ll tient peut-être d'un "creithleag" (vent d'lrlande) qui frôle les épis d'orge mûrs. ll attrapera bientôt la traîne du "libeccio" d'ltalie ou celle du "levante" espagnol, du "leveche" au Maroc, du "khamsin" en Lybie,du "sharkiye" en Jordanie ou du"shamal" en lraq. ll rejoindra peut-être le "datoo" qui part de Gibraltar,le "karaburan" sur le désert de Gobi,le "bad-i-sad-o-bist-roz" (vent de cent-vingt jours) en Afganistan ou encore le "daibafu", le vent qui saisit la queue des chevaux au Japon, après s'être laissé bercer par le "bhoot" en lnde. Avant de descendre, il longera la Chine emporté par le "sz" (premier souffle de l'automne sur Pékin) ou par le "i tien tien fung" (soupir dans le ciel). Un "bolon" ou un "tamboen", en Indonésie accueille d'abord le "S", puis le "A", et un instant après le "N". Le soir un grand soleil rond illumine la terre comme un sourire. Une femme marche fièrement, pieds nus dans le vent léger, son oreille la chatouille très légèrement.
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