lundi 19 avril 2010


« La vraie révolution qui manque est celle de la bonté. Malheureusement, le mépris social a dénaturé ce mot. Il est temps de lui redonner tout son sens. De la même manière que le corps se compose de 70 % d'eau, la littérature doit comporter 70 % de langage. Les 30 % restants sont l'histoire, les personnages... C'est pour cela que j'écris, pour le travail sur la langue. Je suis là pour la préserver. C'est mon travail d'écrivain et de citoyen. »......"Parlons-nous pour la même raison que nous transpirons ? Juste comme ça ? La sueur s'évapore, se lave, disparaît, tôt ou tard elle atteindra les nuages. Et les mots ? Où vont-ils ? Combien restent ? Pour combien de temps ? Et, en fin de compte, pour quoi faire ? Ce sont là des questions superflues, je le sais bien, propre de quelqu'un qui vient d'avoir 86 ans. Ou peut-être pas si superflues que cela si je pense que mon arrière-grand-père Jeronimo, dans ses dernières heures, est allé dire adieu aux arbres qu'il avait plantés, les a étreints en pleurant parce qu'il savait qu'il ne les reverrait plus. La leçon est bonne. J'étreins donc les mots que j'ai écrits, je leur souhaite longue vie et je recommence à écrire là où j'avais arrêté. Il n'y a pas d'autre réponse. »
José Saramago("cahier")