
"Alors j'ai formulé dans ma tête une question personnelle, et sans cesser de regarder le loup dans les yeux, je lui ai parlé pour poser ma question à moi: Loup, ai-je demandé, ton peuple est chassé depuis le ciel et empoisonné sur la terre, tué à vue, on vous mâtine, on vous fourre dans des cages et vous êtes presque anéantis. Comment se fait-il que vous continuiez à vivre avec une telle douleur? Comment continuez-vous sans même vous retourner et sans vous détruire, comme tant d'entre nous les Anishinaabegs l'ont fait dans les mêmes circonstances?" Et le loup a répondu, non pas en paroles, mais en continuant à me fixer. "Nous vivons parce que nous vivons." Il n'a pas posé de questions. Il n'a pas donné de raisons. Et je l'ai compris. Les loups acceptent la vie qui leur est donnée. Ils ne regardent pas autour d'eux avec le désir de vivre une vie différente, pas plus qu'ils n'abrègent leur existence, en rage contre les humains, ni même qu'ils ne les craignent plus qu'il n'est nécessaire. Ils sont efficaces. Ils affrontent ce qui se présente puis vont de l'avant. Minute après minute. D'un jour à l'autre."
Louise Erdrich-"Ce qui a dévoré nos coeurs" (2010)-Albin Michel, éd. Photographie: installation de Joseph Beuys, Tate Modern, Londres.
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